J'assistais hier au deuxième meeting politique de ma vie. C'était à Issy-les-Moulineaux, fief d'André Santini, pour le contre-feu des soutiens centristes de Sarko au grand raoût bayrouïste. Au programme : André Santini, Roger Karoutchi, Patrick Devedjian, Christian Blanc, Gilles de Robien, Simone Veil et Nicolas Sarkozy.
Après un léger débriefing à chaud chez Koz, voici quelques impressions un peu plus étoffées.
Devedjian a parlé des Hauts-de-Seine. Mais que venait faire ce propos à 4 jours d'une élection présidentielle vitale? Sans intérêt et fort agaçant. Apparemment, le Conseil général lui dirait bien...
Le dîner de Bayrou avec Rocard a fait l'objet de piques ironiques fréquentes. En particulier de la part des deux hommes de l'UDF qui se sont exprimés à la tribune : Santini et Robien.
Santini a parlé de l’appareil de l’UDF, de la fidélité à son histoire et du fait que la “liberté” a été décrétée par le seul Bayrou, au mépris de toute décision collective et de ceux qui “le faisaient vivre”. Révélateur des contradictions de ce chantre du rassemblement et du collectif (et qu’une certaine Marie-Christine Blin dénonce elle aussi régulièrement sur certains blogs) qui, en réalité, joue toujours sa carte perso.
Robien a attaqué les contradictions de Bayrou, son mépris de ses électeurs (ayant élu un homme de centre droit, ils se retrouvent avec quelqu'un qui lorgne à gauche), son inconstance, sa capacité à trahir, son égocentrisme, son absence de vision et de projet. Il lui a surtout reproché d'avoir décrété tout seul, au mépris de ses électeurs, de ses soutiens etc., la "ligne politique"de l’UDF. En gros : il a fait passer l'UDF à gauche.
J'avoue avoir accueilli ces discours très politicards, centrés sur
des histoires d'appareils, avec une grande indifférence. Une once de
courroux, même : si l'idée était de convaincre des hésitants plus ou
moins centristes à voter Sarko, leur argumentation était selon moi
complètement à côté de la plaque. Bayrou a en effet construit son image
contre les appareils...
Toutefois, il est probable que Santini et
Robien aient plutôt voulu s'adresser aux électeurs traditionnels de
l'UDF. Cette idée est accréditée par le fait que Santini, notamment, a
beaucoup insisté sur son statut d'"historique" de l'UDF. Pour ces
électeurs-là, l'argument de la trahison (François Bayrou aurait fait
passer l'UDF à gauche) doit probablement faire mouche.
Il n'en
reste pas moins que ce ne sont pas les électeurs traditionnels de l'UDF
qui constituent l'essentiel de l'actuelle vague Bayrou. J'aurais
spontanément, si j'avais été eux, axé mon intervention sur la nécessité
de l'action. Mais cela touche-t-il des gens portés par un élan plus sentimental que rationnel, plus du style révolution des Bisounours que élan réformateur pour faire basculer la France ?
Robien a toutefois lancé deux piques très justes et opérationnelles à mes yeux :
Bayrou a préféré se draper dans la posture et n’avoir aucun bilan à défendre, pour pouvoir jouer le rôle de l’homme vierge…
Ainsi, FB serait "l’homme qui ne fait rien quand il est ministre et qui ne sait rien quand il est candidat".
A ce sujet, Bayrou semble lui même acquiescer : "Il y a de la droite en moi : je veux de la rigueur, de
la sécurité. […] Il y a de la gauche en moi : je veux l’égalité, la
solidarité avec les plus faibles.[…] Il y a du centre en moi : équité,
justice, fraternité. Ces valeurs-là, nous allons les faire entrer dans
la réalité."
Faudra m’expliquer en quoi fraternité et solidarité sont si
différents. Justice (sociale) n’équivaut pas à l’acception générale de
“l’égalité” ? Equité (souci d’organiser la coopération sociale selon
des principes qui tiennent compte des éventuelles disparités entre les
membres d’une même société) n’est pas extrèmement proche de solidarité
et égalité? D’ailleurs, l’équité est le principe de justice selon Rawls…
Ces
cafouillages sémantiques attrappe-tout, pour faire plaisir à tout le
monde sans dire grand chose, sont révélateurs de l’imposture.
Christian Blanc a raconté la sérénité de Sarko lorsque, à 5h de la
réunion du Conseil des ministres qui devait décider du prononcé de
l’état d’urgence en 2005, il l’a consulté (Blanc était, avant les
émeutes de banlieue, le seul préfet à avoir prononcé l’état d’urgence
sous la Vème République) à partir de 7h30 du matin, après 4 nuits
blanches, et qu’il l’a questionné très précisément, très pertinemment,
sur l’opportunité d’une telle mesure. Rien d’un agité irresponsable.
C’est, selon ses dires, à ce moment qu’il a “compris” que
Sarko était l’homme qu’il fallait à notre pays : volontaire et
courageux… mais pesant et réfléchissant ses choix.
Bien loin de la caricature qu’on en fait. J’adhère, à ce sujet, à
l’explication de Fillon (cf dernier paragraphe de l'article), qui apparemment n’était pas là : Sarko “fait
peur” (cette phrase commence à m’agacer) principalement parce qu’il
bouscule nos conservatismes. On peut, d’ailleurs, lire “l’affaire des
gènes” à cette aune .
Simone Veil n’a décidemment pas la langue dans sa poche : elle a fait son discours sur l’Europe, en commençant par déplorer qu’on n’en ait pas parlé pendant cette campagne ! Discours historique, humaniste et émouvant. L'identité nationale, c'est ça aussi...
Et Sarko a fait un grand discours. Sans notes. Apaisé et serein mais toujours volontaire et énergique. Suivant une ligne directrice : la restauration de la volonté politique, la fierté d’être (or, on est ce qu'on fait, puisqu'un homme est la somme de ses actes...) et la fidélité à ce qu’on est, le refus du confort intellectuel. Bref, sur les valeurs. Où 5 ans (putain, 5 ans!) de campagne semblent avoir suivi une ligne directrice précise : oser avoir des valeurs, les affirmer et les faire vivre. Voilà (selon ce que j'en ai compris!) ce qui redonnera sa noblesse à la démocratie française, qui redonnera prise sur le réel à la volonté politique, pour qu’on reprenne envie de demain.
J'ai trouvé très juste son explication sur l'identité nationale : comment s'aimer, comment s'intégrer si on n'a appris que la détestation de la France ou, même, si on ne sait pas à quoi il s'agit de s'intégrer ?
Et la petite pique “Bayrou est à gauche s’il est face à Sarko au 2ème tour, à droite s’il est face à Ségo”. Tout cela dans le pur mépris du peuple. Le dîner avec Rocard serait un avant-goût des combines d’appareil qui rythmeraient son éventuel mandat.
Pourtant pas à l’UMP ni fan des meetings politiques et des moutonneries, j’ai aimé.
J'ai bien aimé ça, aussi :
La Fievre Sarko
envoyé par Ali_La_Pointe



Dans la vidéo, Sarkozy a la voix de Bayrou, c'est normal ?
Par ailleurs, intéressant ce témoignage de Blanc sur le "professionnalisme" de Sarkozy.
Rédigé par: Jules | 19/04/2007 à 22:40
bien rendu l'intervention de simone veil,émouvante,et ramenant à l'essentiel.Moi aussi je le vois comme le plus déterminé et capable de faire ce qu'il annonce.Jetons nous à l'eau!
Rédigé par: andre | 20/04/2007 à 01:21
Les meeting c'est toujours comme ça :
les seconds couteaux s'agitent pendant une heure sur des considérations au raz des paquerettes, sur leur petite gueguerre de parti, de courant dont on se fout... mais que les militants ADORENT!!
et puis, après deux heures où tous les militants sont devenus bien rougeauds, on balance la sauce, le grand et beau discours du candidate/ candidate... et bingo tous ensemble sur la marseillaise
c'était comme ça le 14 janvier porte de versaille, à Marseille... enfin à l'UMP c'est comme ça.
Chez Bayrou, on innove : comme on a personne pour préparer la salle, on concentre tout sur le candidat et on lui fait traverser le Zenith ( à bercy peut être aussi je n'y étais pas..) bain de foule sur la musique de Kill Bill pendant 40 minutes... puis monologue...
enfin le mieux c'est Royal, où le chauffeur de salle parle mieux que la candidate... après les blagues, l'entrain, le talent oratoire de Hollande ... la douche froide annonnée de Ségolène...
en tout cas ça me fascine ce côté énorme show où même Marie Georges arrive à réunir 7000 personnes!!!!!! je me demande si ça serait pas un petit Pavillon Baltard de nouvelle star - du live à gogo!!
Rédigé par: emile | 20/04/2007 à 15:24
T'es rude avec l'UDF, ils ont de sacrés chauffeurs de salle à la pointe de la modernité. Pour innover, ils innovent. Voilà ce que ça donne quand la sono fait des siennes : http://www.dailymotion.com/relevance/search/bayrou%2Blassalle/video/x19lja_la-chorale-de-bayrou
Ah, la France du 21ème siècle !
Rédigé par: Charles | 20/04/2007 à 15:30
Tout ce qui se passe en ce moment encourage Bayrou dans le chemin qu'il a tracé et encourage également les plus frileux à se jeter dans le bain avec lui.
je m'explique.
François se dit le candidat d'un système nouveau, vierge de tout, de passé, de cloisonnements, il n'a jamais mis les mains dans la merde promis !
Depuis cela, ses proches rallient Sarkozy, super, voilà donc un homme réellement anti système !
VGE et Veil au chevet de Sarkozy, grave coup de poignard, quoi de plus assassin que des octagénaires au soutien d'un candidat. Ils représentent le système dans toute sa splendeur, ce système que Bayrou veut changer.
Le réel tacle aurait été. Chirac, VGE et Veil au chevet de Bayrou, les autres auraient alors pu réellement lui poser la question de son changement ? Un changement ? avec eux ?
L'attaque aurait été tué dans l'oeuf.
Salutations
http://careagit.blogspot.com
Rédigé par: Seb | 20/04/2007 à 16:45
Très bien ton commentaire, je m'y retrouve tou t à fait
Rédigé par: Pascal | 21/04/2007 à 15:43
Sur le site des amis de ségolène un sms :"J'ai fait un cauchemar... tu votais Bayrou"
toujours d' actualité ou certains vont ils retourner leur veste ?
Rédigé par: kevin | 23/04/2007 à 02:36
Eh bien! Te voilà en bonne compagnie,maintenant, Charles ! Devedjian, Karoutchi, Sarkozy: que du beau monde !
Je sais que cela va être dur mais...je rêve que dimanche on vous l'enfile...C'est bien triste d'être dans ce climat irréductible o! on n'a plus a rien à se dire, on n'a juste envie d'en découdre.
C'est un peu triste à dire mais je ne sais pas si je te serrerais la main aujourd'hui: si, je le ferais évidemment parce que tu n'es que dans l'erreur politique et mû par des conceptions idéologiques fausses,uniquement réacs. Sciences Po (les promotions dans lesquelles nous nous trouvions) n'ont formé que des jeunes qui ont abouti dans le camp de la Réaction: c'est triste et glauque. Je mesure tout ce qu'il y a derrière. Aller voir Devedjian en meeting.
C'est triste !
Je te salue tout de même, sans arrières pensées, mais avec une certaine tristesse.
Rédigé par: Julien Tolédano | 04/05/2007 à 00:49
Tu le sais, Julien, rien d'idéologique dans mon soutien à Sarko. Ou tu devrais le savoir si tu lis mes billets à ce sujet.
D'ailleurs, c'est l'idéologie qui continue de me faire hésiter à voter pour lui dimanche...
Rédigé par: Charles | 04/05/2007 à 13:51
Si seulement cette hésitation pouvait t'amener à ne pas faire ce geste (de voter pour lui) dimanche.
Autant,je comprends ton adhésion au libéralisme,à l'idéologie de l'innovation...autant je ne me fais toujours pas à ce soutien à Sarkozy, qui me semble incompatible avec la défense des libertés.
J'ai bien changé moi aussi. Mais Sarkozy me fait objectivement vraiment peur (Ségolène, comme le dis Thomas Piketty, veut moderniser; pour travailler à la Ville de Paris, je peux te dire que des modernisateurs de la fonction publique, des finances publiques, des gens qui ont le goût du "banchmarking", il y en a à gauche...
Rédigé par: Julien Tolédano | 04/05/2007 à 23:48
Julien,
Ségolène veut moderniser? Alors, pourquoi n'a-t-elle, durant cette élection, rien annoncé de tangible dans ce sens?
Sur les retraites, renvoi aux partenaires sociaux et démagogie scandaleuse à propos de la réforme Fillon.
Sur la fiscalité, flou le plus total.
Sur le droit du travail, un CPE amélioré (c'est-à-dire une nouvelle niche sans réforme globale de la myriade de contrats, sans assouplissement du droit général du licenciement, sans remise en cause de la fracture profonde CDI pour les inclus/CDD et interim pour les autres) et basta.
Sur l'Université, du flou.
Sur le rôle de l'Etat dans l'économie, l'interventionnisme de grand papa (évidemment si bien placé pour savoir quels profits sont utilisés pour de l'investissement et lesquels sont redistribués...).
Sur le temps de travail : renvoi aux partenaires sociaux.
Etc. etc.
Bref : "Ségolène veut moderniser", c'est de la pure incantation, du procès d'intention. Elle n'a rien annoncé de concret en ce sens durant la campagne. Je ne donne pas ma voix à quelqu'un qui n'annonce pas, au moment fondamental de la démocratie, ce qu'il compte faire.
Au passage, l'innovation n'est pas une idéologie. Il est un fait que le nerf de la guerre économique, aujourd'hui, c'est l'innovation. Alors peut-être que vouloir participer à la compétition économique relève de l'idéologie (et encore : nous vivons dans une économie de marché, c'est un fait, et tant qu'on ne propose pas autre chose, seule la bataille des marchés procure des recettes, donc de la redistribution et de la protection sociale...), mais l'innovation, non.
Pour finir sur Royal et sa défense des libertés, quand on voit (regarde chez Koz) le traitement qu'ont subi les journalistes de TF1 et LCI par les services d'ordre du PS le soir du 2ème tour et le traitement qu'elle a réservé à ceux qui n'étaient pas de son camp (sans compter la préférence affichée à l'égard des femmes) dans la campagne...
Rédigé par: Charles | 09/05/2007 à 10:24